L'AUTEUR

Jean-Didier Vincent

Jean-Didier Vincent est neurobiologiste, membre de l’Institut.
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Edito

La nature même de l’homme devrait être amenée à changer très rapidement dans les années à venir. « La science et l’Homme » s’attachera à analyser les raisons de ce changement attendu et les risques qu’ils font courir à l’Homme. Le principal acteur de ces bouleversements à venir étant sans aucun doute la science, ces questions interrogent l’avenir de l’homme et de la science qu’il a fait naître. L’espèce humaine est-elle menacée ? Après avoir produit la science, l’homme est-il appelé à devenir un produit de la science ?

19 fév. 2008

L’enterrement du fœtus

La décision récente de la Cour de cassation autorisant l’inscription à l’état civil d’un fœtus non viable pose à nouveau le problème du statut juridique de l’embryon, réclamé à corps et à cri par les intégristes religieux, adversaires absolus de l’avortement, et remet au devant de l’actualité une question que l’on pouvait penser, sinon résolue, tout au moins apaisée au regard de la biologie moderne.

Pour la doctrine officielle de l’Église catholique, la « personne » humaine (concept par ailleurs bien difficile à définir) est présente dès la conception. C’est une attitude tout à fait irréaliste, quand on évoque par exemple le nombre considérable d’avortements spontanés, qui passent le plus souvent inaperçus et liés à une implantation trop fragile des ovocytes fécondés. Il s’agit là d’un massacre permanent des innocents, dont la nature est « seule responsable ». Chez Saint-Thomas, l’âme n’est présente dans l’embryon qu’à partir du quarantième jour de gestation chez le mâle, et tarde jusqu’au quatre-vingt-dixième jour pour l’embryon femelle. Il est trop facile de se moquer des sottises proférées par des théologiens qui ne sont dues qu’à l’ignorance de l’époque sur tout ce qui touche à la reproduction et à la différenciation sexuelle – rappelons pour mémoire les querelles des préformationistes contre épigénistes, et des ovistes contre spermistes, qui ne se sont achevées qu’avec le XVIIIe siècle. Il y a néanmoins une certaine logique à attribuer une âme à un fœtus qui est animé, c'est-à-dire dont les mouvements peuvent être perçus dans le ventre de la mère. Cette vie de l’embryon qui devient fœtus avant de devenir bébé correspond à un processus de développement et de différenciation continu, et notamment à la formation du tube neural, puis du système nerveux et du cerveau. On peut considérer qu’un fœtus est viable un peu avant le sixième mois, la réanimation étant toutefois à ce stade difficile et précaire. En deçà, un fœtus expulsé de la matrice n’est plus viable ; à quoi bon, dès lors, lui donner un statut de personne qui ne répond à rien, sinon à sacraliser un être, parfois encore vivant, mais non destiné à vivre ?
La définition donnée par l’OMS n’a qu’une valeur pragmatique : elle ne tient pas compte de la notion de personne. L’Église, dans une certaine mesure, peut opposer certains arguments : le petit être vivant conçu dans le ventre de la mère est déjà l’objet de son amour, et ce, avant même que le bébé ne se manifeste physiquement. Cette relation d’amour doit être prise en compte ; toute interruption de grossesse est un drame qui attente un espoir déçu de vie donnée. Cette souffrance doit être prise en compte par les médecins et l’entourage. Il n’y a aucune raison de considérer que l’IVG faite dans les délais prescrits est un assassinat. La vie, qui est brutalement interrompue par l’intervention du médecin, ne me paraît en aucun cas devoir être considéré sur le plan légal comme désignant une personne potentielle. Cela ne serait qu’ajouter à la culpabilité toujours forte d’une mère confrontée à une douleur qui ne cicatrisera jamais.
Pour ma part, je pense que, chez le médecin, seule la compassion doit dicter son acte. Il s’agit là peut-être tout simplement de charité chrétienne. C’est faire bien peu de cas de la douleur d’une future mère déçue dans ses espoirs, que de penser que l’inscription de son rêve aboli sur un registre d’État civil, puisse apaiser sa souffrance. Quoi qu’il en soit, il est indispensable que le législateur prenne le relais des prescriptions de l’OMS, et détermine une « date plancher » pour la recevabilité de l’inscription au registre d’État civil d’un fœtus mort, à moins de tomber dans l’incongruité biologique.
Je rebondis sur un de vos arguments:

"En deçà [de six mois], un fœtus expulsé de la matrice n’est plus viable ; à quoi bon, dès lors, lui donner un statut de personne qui ne répond à rien [...]?"

Mais alors, le "statut de personne" devient dépendant du niveau technique! Il est raisonnable de penser que la médecine et la technologie raccourciront ce délai de six mois au-delà duquel le foetus est viable hors de la matrice. On ne sait pas jusqu'où ni avec quelle efficacité, ni quand, mais il est certain que cela aura lieu.

D'après votre conception des choses, de telles avancées permettraient d'attribuer le statut de personne à des foetus de plus en plus jeunes, donc dans un futur lointain à remettre en cause la pratique même de l'IVG...

La référence à Saint-Thomas est particulièrement judicieuse. Car pour Thomas, l'homme, à l'état d'embryon, commence par être un animal avant d'être un homme. Pour Thomas, l'embryon humain est d'abord informé par une âme végétative, puis par l'âme animale, enfin par l'âme intellective, chacune de ces formes détruisant progressivement la précédente. Dans la Somme Théologique, Thomas écrit ainsi " L'embryon possède d'abord une âme purement sensitive, laquelle disparaît pour faire place à une âme plus parfaite, à la fois sensitive et intellective". Cette distinction entre âme animale et âme intellective est d'autant plus intéressante que, pour saint Thomas, seule la deuxième est créée par Dieu, la première étant produite par l'acte même de la génération.
Autrement dit, pour saint Thomas, la personne humaine n'est pas présente dès la conception.
Mouais.

J'ai deux remarques :

1. En France, seule l'Eglise Catholique (et les protestants évangéliques) sont des "énemis absolus" de l'avortement, dans le sens où ils le considérent comme un meurtre, quel que soit les circonstances et l'âge du foetus. J'en déduis que l'expression "intégristes religieux" désigne le Vatican et le Magistère constant de l'Eglise catholique. Comme base de discussion, notez qu'il y a plus malin.

2. Vous essayez de démontrez que l'Eglise catholique à tort parce que son raisonement selon lequel l'embryon est une personne humaine serait bancal. Mais ce n'est pas suffisant pour justifier l'avortement. Pour prouver que l'avortement est moral, il faudrait démontrer avec certitude que l'embryon de 12 semaines N'EST PAS une personne humaine. Je suis toujours surpris(écoeuré est le mot en fait) par ces gens qui défendent le principe de précaution pour des plants de mais s'en lavent les mains quand il s'agit de la vie humaine.

Bien cordialement,
Vhp
Et si on en revenait à l'embryon...
Les propos du Professeur Vincent ne m'ont pas du tout choqué.
D'une part parce qu'il me semble qu'on est libre en France de dire ce que l'on veut, et que ces propos n'engagent que lui.
D'autre part parce que tout dans le ton plein d'emphase, la mise en scène, les éclats de rire du public, montre que cette tirade est avant tout une blague de potache.
S'il vous plait, faisons preuve d'un peu d'humour, relativisons ! L'intervention de Monsieur Vincent ressemblait nettement plus à un trait d'humour qu'à un réel appel au meurtre, ne pensez vous pas ?
mon cher VHP, dans al fin de ton message tu fait un paralléle entre les plants de maïs et un "lavage de mains" au regarde la vie humaine. Mais ne croit tu pas qu'un grande partie de ceux qui se préoccupe des plants de maïs ou autre, ne se préoccupe justement pas de la vie humaine?
Certes, mais vous comprendez bien que mon propos ici n'était pas de m'interoger sur la légitimité des préocupations des anti-OGM, mais bien de ceux qui défendent le "droit à l'avorement" à tout crin, au mépris du principe de précaution élementaire : est-ce un être humain ?
Que penser de ce "bon st-Thomas"? Pas grand chose de bon ! Surtout quand il dit, je cite "la grossesse est une putréfaction de l'utérus". Pauvre de lui ! Il devait haïr les femmes !
à COR et à cris
j'apprécie trop J.-D.Vincent
pour laisser passer ce péché
même véniel.
Définitions légales:
Qu'est-ce qu'un assassinat?
- Un meurtre prémédité
Qu'est-ce qu'un meurtre?
- Un crime consistant au retrait de la vie d'un être humain
Qu'est-ce que la vie d'un être humain?
- Un être vivant de genre humain
Qu'est-ce qu'un être vivant (selon l'OMS)?
Une entité remplissant au minimum 3 fonctions:
1. composée au minimum d'une cellule,
2. entité possédant un métabolisme propre,
3. cellule(s) douée(s) de capacité mitosique (capable de se reproduire).
L'œuf embryonnaire rempli ces 3 conditions.
Je vous laisse établir la conclusion générale.
c est dommage q aujourd'hui hui pareil débat s argumente sans q un retour préalable soit fait dans les origines même de la création comme ci l homme était une génération spontanée!la naissance au delà de tout reste un mystère caché a l homme en réalité en cette cellule délicate se cache une nouvelle génération façonnée par DIEU lui même: Jérémie 1